C'est la question que pose tout billet d'avion pour Mosi-oa-Tunya : atterrir à Victoria Falls (Zimbabwe) ou à Livingstone (Zambie) ? La bonne nouvelle : à cette frontière-ci, on peut changer d'avis à pied. La meilleure stratégie consiste à comprendre ce que chaque rive fait mieux que l'autre, puis à prendre les deux.

Côté Zimbabwe : le théâtre

Le parc zimbabwéen fait face au rideau principal : un sentier ombragé dans la forêt de pluie, arrosée en permanence par les embruns, dessert une quinzaine de belvédères numérotés, des Devil's Cataract à Danger Point. C'est ici que les chutes se voient le mieux, dans leur largeur et leur folie, et c'est ici qu'elles restent spectaculaires même en saison basse, le gros du débit passant côté ouest. La ville de Victoria Falls vit entière pour son monument : on dort, on mange et on marche au parc sans jamais prendre de taxi. Comptez deux à trois heures de sentier, poncho en hautes eaux, et les arcs-en-ciel garantis en milieu de journée face au soleil.

Côté Zambie : le corps-à-corps

Le parc zambien ne montre qu'un quart du rideau, mais il vous met dedans. La passerelle du Knife-Edge Bridge traverse la gorge dans le nuage d'embruns, en hautes eaux, c'est une douche intégrale hilarante , le sentier de la Boiling Pot descend au niveau du fleuve en furie, et le pont ferroviaire se contemple d'en bas. Surtout, la Zambie détient le joyau de la saison basse : l'île Livingstone et sa Devil's Pool, vasque naturelle au rebord exact de la chute où l'on nage, encadré par les guides agréés, de septembre à décembre environ selon le débit. Livingstone, à dix kilomètres, est une vraie ville zambienne, marché, musées, prix doux, qui existe au-delà du tourisme.

LE VERDICT PAR CRITÈRE
Vue d'ensemble : Zimbabwe. Sensation et adrénaline : Zambie. Saison basse : Zimbabwe pour le rideau, Zambie pour la Devil's Pool. Budget : Zambie. Tout-à-pied : Zimbabwe. Une seule rive possible : Zimbabwe, sauf si la Devil's Pool est votre raison de venir.

Le pont, les visas, la frontière

Le pont de 1905 enjambe la gorge entre les deux postes-frontière : passage à pied en vingt à trente minutes, vue plongeante sur le Zambèze et saut à l'élastique au milieu. Les formalités sont simples mais payantes : renseignez-vous avant le départ sur le visa KAZA univisa, le visa commun Zambie-Zimbabwe qui autorise les allers-retours (et la journée au Botswana) pour le prix d'un seul ; sa disponibilité a varié selon les années, et les règles par nationalité évoluent. À défaut, les doubles entrées s'achètent aux postes. Dans tous les cas : passeport, dollars américains en petites coupures, et photocopies.

Le plan parfait : deux jours, deux rives

Jour 1 : la rive zimbabwéenne le matin (lumière dans le dos, arcs-en-ciel), déjeuner en ville, après-midi libre, hélicoptère pour les vues, ou sieste honnête, et croisière sur le Zambèze au couchant, éléphants et hippos compris. Jour 2 : traversée du pont à pied à l'ouverture, Knife-Edge et Boiling Pot côté zambien, puis selon la saison : Devil's Pool réservée à l'avance (basses eaux) ou long déjeuner à Livingstone. Retour au pont pour le coucher de soleil sur la gorge. Jour 3 optionnel : l'excursion à Chobe (Botswana), à une heure de route, 50 000 éléphants d'un coup, le complément de safari parfait.

Une nuit de chaque côté, l'idéal.Victoria Falls pour le parc à pied, Livingstone pour le fleuve : réservez les deux.
Réserver aux chutes

Les détails qui sauvent la journée

Les babouins des deux parcs sont des professionnels du vol de sacs : rien de comestible visible, fermetures zippées. Le soleil tape dur entre deux douches d'embruns : crème et chapeau même trempé. L'argent : dollars US acceptés partout, petites coupures reines. La Devil's Pool se réserve, pas s'improvise, les créneaux de l'île Livingstone partent vite en saison. Et le conseil que personne ne donne : revenez au parc en fin d'après-midi avec le même billet quand c'est permis, la foule des excursions est partie, et la lumière rase transforme la brume en or.

À LIRE AUSSI
Hautes eaux, basses eaux : choisir sa saison · Croisières, pont et hélicoptère · Plus au nord : le cratère du Ngorongoro